5 raisons du succès démentiel de Demon Slayer

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Comment un shônen au demeurant ultra classique est devenu le plus grand succès de ces dernières années, talonnant les locomotives que sont One Piece ou L’attaque des Titans ? Et allant même jusqu’à détrôner dans les salles l’empereur Miyazaki, le cultissime Titanic ou encore la givrée Reine des Neiges ?

 

Notre explication (qui n'engage que nous) en 5 points !

Tanjiro red

1) La série fait écho à la « crise sanitaire »

masque

Depuis son apparition fin 2019-début 2020, le Covid a profondément transformé nos sociétés. Parmi les effets les plus marquants, la généralisation du masque a engendré son cortège de désagréments : sensation d’être « déshumanisé », plus moyen de sourire, crainte d’être « contaminé » par l’autre et la méfiance/paranoïa qui s’en suit, gêne pour respirer…

Dans la série, le personnage de Nezuko porte constamment un « bâillon » en bambou, censé réfréner sa faim et l’empêcher de dévorer ses congénaires humains. La seule façon de communiquer avec elle se fait donc essentiellement par le regard, exactement comme chacun d’entre nous quand nous portons ces maudits masques à longueur de journée.

Contrairement à Nezuko, son frère Tanjirô doit nécessairement inspirer un maximum d’air à plein poumons pour développer ses pouvoirs de bretteur dans les meilleures conditions. Symboliquement, la respiration est donc « l’arme » des vivants : l’air nous est précieux et vital et quand nous en manquons, c’est le début des problèmes…

2) Une relation frère-soeur rare en manga

Demon Slayer

Le manga met en avant deux personnages principaux : Tanjirô et sa soeur-démone Nezuko. En général, les duos mixtes sont la promesse d’une idylle ou d’une romance. Même si cela n’aboutit pas forcément à la fin de l’histoire, il y a toujours une ambiguïté entretenue tout du long. Et quand les auteurs sont des hommes, ils enrobent souvent ça d'une pincée de "fan service" : une jeune fille dénudée par-ci, un gros plan sur des parties intimes par-là... Dans Demon Slayer, l'auteur est une femme et cela se ressent. L’histoire d’amour qui nous est contée est fraternelle et pure, non pas romantique ou sexualisée. C’est celle d’un frère prêt à tous les sacrifices pour sauver sa petite soeur. Du coup, comment ne pas s’attacher désespérément au destin tragique et aux souffrances endurées par ces deux personnages ?

3) Une héroïne irrésistible

nezuko kawaii

Outre son design extrêmement mignon (elle ne s’exprime que par de légers sons, a de grands yeux toujours étonnés et est capable de prendre une apparence de bébé pour rentrer dans sa boîte), Nezuko a un caractère particulièrement intéressant. En effet, loin d’être l’éternelle demoiselle en détresse que le héros doit passer son temps à sauver, elle dispose d’une puissance colossale et de capacités hors-normes, y compris pour un démon. Il n’est pas rare que ce soit même elle qui vole au secours de Tanjirô ! De plus, elle a conservé une partie de son humanité et s’interdit de manger les humains. Au contraire, elle va même jusqu’à protéger ces derniers des autres démons ! L’existence même de Nezuko est un mystère savamment entretenu au fil du récit au point d’intriguer l'antagoniste lui-même. Qui est-elle vraiment ?

4) Une oeuvre sur la mort et la rédemption

demon

Osons l’affirmer : les vrais héros de l’histoire ne sont pas seulement Tanjirô et Nezuko, ce sont aussi tous les démons qu’ils affrontent. Il est facile de le prouver : la mangaka Koyoharu Gotôge consacre systématiquement un temps conséquent à dévoiler les derniers instants de chaque démon, lorsqu’ils passent de vie à trépas. Pourquoi ce choix scénaristique ? Nous pensons que ces scènes sont précisément le coeur du récit, et qu’elles recèlent un message d’espoir : peu importe les horreurs, les erreurs et les souffrances qu’on a pu infliger aux autres, la rédemption est possible jusqu’à la dernière seconde. C’est d’ailleurs ce qui se produit dans la plupart des cas. Tanjirô détruit l’enveloppe charnelle des démons, mais il parvient, par sa lumière et sa chaleur, à guérir leur âme. Et ces démons meurent ainsi le sourire aux lèvres, apaisés, sachant qu’ils ne finiront pas en enfer mais qu’ils pourront retrouver leurs proches dans l’au-delà. Là encore, le manga fait mouche car il parvient à parler frontalement de la mort, pas seulement dans son horreur, mais dans ce que vit réellement un mourant au dernier moment de son existence. Et dieu sait que ce thème est peut-être l’un des plus « casse-gueules » qui soit. Pourtant son auteur parvient à le traiter avec justesse. Le manga nous dit aussi que le « mal » n’est pas une fatalité et que l’amour absolu efface tout, aussi sûrement qu’une gomme nettoie un tableau noir. La vraie question est la suivante : sommes-nous capables de pardonner et d'aimer, envers et contre tout ?

5) L’excellence de l’adaptation animée

pouvoir

Les ventes du manga ont explosé peu de temps après la diffusion de l'anime. Il faut dire que le studio ufotable a sublimé les planches du manga, de plusieurs manières. En premier lieu, la direction artistique est somptueuse. L’animation est déjà d’un très haut niveau, mais la représentation des diverses attaques, semblables à des estampes qui prendraient vie, est particulièrement réussie et leur rendu n'a pas d'équivalent à l'heure actuelle sur la scène shônen. La musique n'est pas en reste et souligne parfaitement chaque passage (remarquable travail de Gô Shiina et de Yuki Kajiura, laquelle avait déjà oeuvré sur Madoka Magica ou Sword Art Online). Quant à la mise en scène, insufflée par le réalisateur Haruo Sotozaki, elle est précise et inventive. Les scènes d'action sont toujours très lisibles. Décidémment, les fées se sont penchées sur Kimetsu no Yaiba, à tous les niveaux.

En conclusion

Demon Slayer est un shônen en apparence classique, mais en apparence seulement. Sa manière de traiter la mort de façon frontale, son puissant message d’espoir qui est comme un baume au coeur dans une période particulièrement éprouvante pour chacun, ses personnages principaux et secondaires attachants (mention spéciale à l’incroyable Nezuko) et la qualité de son adaptation ne pouvaient que donner naissance à un miracle télévisuel. Lequel est venu ensuite décupler le succès de l’oeuvre originale sur papier. Un cercle vertueux auquel l’autrice a pourtant choisi de mettre fin en clôturant son récit en l’espace de 23 volumes, une durée insolemment courte pour une oeuvre au potentiel aussi gigantesque.

 

 

La série est disponible sur la plateforme Wakanim.

 

La saison 2 est prévue pour le mois d’octobre 2021.

La bande annonce est disponible ici : https://www.youtube.com/watch?v=2MKkj1DQ0NU

 

Le film « Le train de l’infini », actuellement en salles, est désormais le long-métrage japonais ayant généré le plus grand nombre d’entrées à travers le monde, devant « Le voyage de Chihiro ».

 

Train de l'infini